Petites discussions entre juges… Tome 1

Pédagogie
Cet article a été publié le : 27 septembre 2011 à 9h07
Petites discussions entre juges… Tome 1


De gauche à droite : Michèle Lucenay, Nathalie Carrière et Solange Panetier
A Jardy, les juges de la Pro élite et Pro élite Grand Prix nous ont accordé une interview inédite ! Nathalie Carrière, Eric Lieby, Michèle Lucenay, Florence de Fligué, Solange Panetier et Emmanuelle Malandain ont accepté avec plaisir de répondre à nos questions. Car le juge est d’un naturel bavard et ne demande qu’à parler de sa passion, celle qui l’occupe la majeure partie de l’année ! Une interview riche et atypique…

Quels sont les critères sur lesquels vous êtes le plus exigeant à ce niveau de compétition ?

 »Locomotion » ressort à l’unanimité. L’attitude générale et le fonctionnement va de paire et inclut la souplesse et la soumission du cheval. Michèle Lucenay ajoute le fait que le cheval doit être  »dans son carré de sustentation ».

Quels sont les mots/expressions qui reviennent le plus souvent dans vos protocoles ?

Nathalie Carrière : « Ce sont le plus souvent des remarques positives, car même lorsqu’une figure est mal exécutée, on essaye toujours de tourner l’observation de sorte à montrer ce qu’il faudrait améliorer pour avoir une meilleure note. »

Eric Lieby : « Au dessus de 6, on explique généralement pourquoi on ne met pas la note au-dessus. La majorité des remarques ont un objectif pédagogique. »

Nathalie : « Par exemple, on note :  »bonne attitude mais manque d’amplitude ». Les rares cavaliers qui récupèrent leur protocole et qui le lisent doivent pouvoir bénéficier d’un enseignement afin de savoir ce qu’ils doivent retravailler derrière. »

Michèle Lucenay : « Pour moi, le mot qui revient souvent est  »équilibre ». Je l’ai noté un nombre incalculable de fois ce week-end ! »

Emmanuelle Malandain et Solange Panetier : « Très souvent aussi  »activité »,  »amplitude » et  »attitude ». En complet, l’activité est très importante car les chevaux sont sensés ensuite courir un cross, donc s’ils sont éteints sur leur reprise, on se demande comment ils vont pouvoir arriver au bout du parcours ! »

Eric : «  »Incurvation » est aussi un mot que je dis souvent. »

Quels sont les défauts qui vous inspirent le plus d’indulgence ?

Nathalie : « La précision des figures n’est pas mon critère fondamentale (à ce niveau là bien sûr). Je préfère que le mouvement soit bien exécuté 2m avant la lettre si le cheval est prêt à ce moment-là, plutôt que d’attendre un peu et que l’attitude en soit détériorée. »

Michèle et Florence de Fligué sont d’accord. Pour Eric :

« Je tolère assez facilement un désordre passager, surtout s’il est dû à un élément extérieur. Si par contre le cheval reste calme dans des conditions épouvantables, je valorise fortement la soumission dans les notes d’ensemble. »

Quant à l’attitude et le fonctionnement du cavalier : « les notes vont généralement de 6 à 8. Le 8, c’est quand on sent que le cavalier monte chaque figure, tout en restant discret. », explique Michèle.

Nathalie : « Une fois il m’est arrivé de mettre un 5 à un cavalier, car c’était vraiment catastrophique ! »

Avez-vous déjà mis un 10 ?

Nathalie : « C’est rare. Dans ma carrière de juge (environ 35 ans), j’ai dû en mettre 4 ou 5. »

Michèle : « Cela m’arrive de temps en temps. J’en ai mis 1 à Sandillon par exemple sur un arrêt. »

Eric : « C’est vrai que le 10 se met souvent sur un arrêt, car c’est plus simple à évaluer. Mais le 9 reste plus facile à mettre qu’un 10. »

Florence : « Personnellement je dois être une éternelle insatisfaite car je n’en ai jamais mis ! »

Et un zéro ?

Nathalie : « Je suis absolument contre le zéro et je n’en ai jamais mis. Pour moi, même si le cheval fait tout son allongement au pas en trottinant, je mets quand même 1 pour le tracé. »

Solange  : « Si, on peut mettre un zéro ! Quand un cavalier n’intervient pas du tout pour essayer de faire le mouvement, je suis désolée mais il a zéro. »

Eric : « Il est vrai que dans la majorité des figures, plusieurs paramètres rentrent en compte dans la note, donc c’est rare qu’aucun ne soit présent. »

Solange : « Après il y a certains cavaliers qui préfèrent prendre une mauvaise note plutôt que d’essayer quand même de faire la figure et de finir toute la reprise en bagarre avec leur cheval ! C’est un choix et à ce moment-là, le cavalier vient rarement se plaindre de sa note. »

Eric : « C’est intéressant comme discussion car cela montre que nos sensibilités sont différentes, d’où l’importance d’avoir plusieurs juges. Il faut sensibiliser le public à ces différences afin qu’il comprenne mieux ces écarts. »

Avez-vous des anecdotes de juge à nous raconter ?

Eric : « Les anecdotes sont souvent liées à nos secrétaires. Par exemple ça m’est arrivé que la secrétaire mette les notes qu’elle avait décidé, parce qu’elle trouvait les miennes trop sévères ! »

Michèle : « Un jour sur une reprise d’un petit niveau, je n’arrêtais pas de répéter  »6 », car ce n’était vraiment pas terrible. Au bout d’un moment, pour changer un peu, j’ai dit à ma secrétaire  »restez à 6 », ce qu’elle a compris par  »restez assis » ! Elle m’a demandé ensuite :  »Et la note, c’est quoi ? » Une autre fois, j’alternais sans cesse entre 6 et 7. A la fin, je prends le protocole et il n’y avait aucune note de marquer ! Quand j’ai demandé pourquoi à ma secrétaire, elle m’a répondu : « Hé bien j’attendais que vous vous décidiez ! »

Florence : « Pour moi, comme j’ai à la fois la casquette de juge et la casquette de groom pour Alix, ça trouble souvent les gens. Ils ne savent plus si la dame qui fait le box à côté d’eux est vraiment celle qui était leur juge au dernier concours ! »

Propos recueillis par Hedwige Favre