Dany Doumergue cherche à passer les rênes de Vernoil : « J’espère trouver quelqu’un qui soit motivé »

Hommage Ile de France
Cet article a été publié le : 04 mai 2023 à 16h32
Dany Doumergue cherche à passer les rênes de Vernoil : « J’espère trouver quelqu’un qui soit motivé »

Danièle Doumergue - photo Sally Dundas


À la tête des écuries de Vernoil et de l’élevage de la Mouline, Dany Doumergue a officiellement annoncé son départ à la retraite. Après avoir construit et vu évoluer ses projets de vie, c’est un départ difficile. Elle ne laissera pas pour autant couler la discipline et cherche sa relève pour  continuer l’aventure ! Cette interview est l’occasion de revenir plus longuement sur son parcours et ce qu’elle souhaite que devienne l’aboutissement de ses années de travail.


Parlez-nous de vous.

« Je suis d’origine parisienne. J’ai commencé à monter à la capitale, plus précisément à Neuilly-sur-Seine. J’ai continué l’équitation à Maison-Lafitte et je me suis engagée dans les chevaux de course, dans la discipline du galop. A vingt-cinq ans, je suis allée à Mont-de-Marsan. J’ai continué huit ans dans ce milieu, d’abord comme cavalière, puis comme garçon de voyage. Après cette expérience, j’ai eu l’opportunité de pouvoir créer un élevage sur Perpignan. Nous nous sommes réunis avec le Conseil Général et le maire de la ville et avons créé un élevage mixte de Connemara et de poneys Island. Nous les avons importés d’Écosse. Leur objectif était d’avoir des chevaux de randonnées et mon j’étais motivée par mon intérêt de la compétition. Nous avons fait cet élevage en montant un centre équestre en parallèle. Le site s’appelait le Haras de la Mouline. Malheureusement, nous avons déménagé suite à un incendie ayant eu lieu à 15km du site. J’ai décidé de revendre les poneys Island et j’ai gardé uniquement les Connemaras. J’ai passé quelques années entre Perpignan et Fourmental, mais c’était limité au point de vue du fonctionnement de mon élevage et centre-équestre. À part pendant les vacances, il y avait peu de monde.

Nous avons décidé de nous rapprocher de la région parisienne et, durant nos recherches, nous sommes tombés sur le site de Vernoil. Nous l’avons acheté, j’avais en tête de transformer ce lieu pour faire du Complet et créer un parcours de Cross. Nous avons déménagé avec nos chevaux et mon étalon Connemara. Une idée m’est venue en tête : croiser mes poulinières Connemaras avec des chevaux. Et c’est à partir de ce moment, que je me suis lancée. J’ai eu des poulinières chevaux et mes premières naissances ont été les « E » : Elite de la Mouline, Elixir de la Mouline, Eclipse de la Mouline… Tout s’est enchainé très vite ! Je me suis donc orientée vers les chevaux et j’ai ralenti l’activité de mon élevage de Connemara.

Jonathan Cisterna Larivière et Elite De La Mouline – Photo : P.Barki
CCI2*-L Saumur 2023

Le Complet, nous en faisions quand nous en avions la possibilité dans le Midi. C’était très difficile de le pratiquer, parce qu’il n’y avait pas de structure de Complet. Nous devions nous déplacer sur Toulouse ou Montpellier. Il y avait environ trois heures aller et retour. Là-bas, nous étions limités sur les terrains et la qualité des sols. C’est pour cela, que j’ai de suite été attirée par le site de Vernoil. C’était l’idéal, il y avait toutes les possibilités rêvées pour faire du Complet : un terrain sablonneux et vallonné. C’est une discipline que j’adore parce qu’elle est complète et les chevaux sont fantastiques. »

Vernoil – Photo : collection de l’éleveuse

Pouvez-vous nous parler de l’histoire de vos écuries ?

« J’ai acheté Vernoil en 1997. C’était une structure avec trois chevaux barbes. Il n’y avait pas d’installations à proprement parler. Nous avons ouvert les écuries en 1998 et avons fait toutes les constructions : le manège, les boxes, des gîtes…  Nous avons monté le Cross, et dans les années 2000, nous avons organisé les premiers concours clubs et poneys. J’ai connu Jean Boiteau, il nous avait orientés sur du Complet pour les chevaux. A son décès, Didier Dhennin a pris la suite. Nous nous sommes penchés sur le terrain de Cross et avons monté deux gués, des obstacles avec des profils différents : des marches, des contre-bas, des contre-hauts… Nous avons plusieurs casquettes, nous faisons centre-équestre, poney-club et accueillons des stagiaires. Ils viennent principalement de région parisienne et sont attirés par le Cross. Un gîte d’accueil est à disposition et permet de les loger sur place. Les concours sont importants, nous organisons une dizaine de concours par an. Nous avons du monde, parce que nous mettons à disposition le terrain de Cross. L’avantage est qu’il est praticable toute l’année, il permet de débuter les jeunes chevaux et poneys.

Vernoil – Photo : collection de l’éleveuse

En parallèle, nous avons l’élevage, il est soudé avec le reste. J’ai une quinzaine d’hectares pour mes poulinières, à 10 km d’ici. Quand mes poulains atteignent l’âge d’être débourrés, ils viennent ici et nous les faisons travailler avec le cœur, dans la douceur et le respect. Nous les valorisons sur les concours d’élevage, et à partir de quatre ans, sur les concours SHF jusqu’à ce qu’ils soient vendus. Nous avons eu la chance d’avoir des résultats rapidement. Elite de la Mouline a fait le Mondial du Lion. Gravure de la Mouline a fait une fantastique année de quatre ans, cinq ans et six ans. Il n’y a qu’à Pompadour où elle n’était pas en forme. J’étais contente qu’elle finisse deuxième sur le CCI de Saumur le week-end dernier. »

Astier Nicolas et Gravure De La Mouline – Photo : P.Barki
CCI1* Saumur 2023

Suite à votre départ en retraite, qu’espérez-vous que devienne Vernoil, si important à ce jour dans le milieu du CCE ? 

« J’espère trouver quelqu’un qui soit motivé, pour au moins poursuivre l’histoire du Complet. Je privilégie une personne intéressée, qui souhaite continuer d’organiser des concours sur ce lieu. Je suis prête au début à lui donner un coup de main, j’aimerai que les concours perdurent. Nous avons mis beaucoup d’investissement physique et financier dans notre projet. J’espère trouver une personne qui soit motivée pour continuer l’activité, que ça soit un cavalier professionnel, un couple ou une personne avec des projets… J’ai des petits enfants, mais ils ne sont pas prêts à reprendre. Ils aiment les chevaux mais sans y porter plus d’intérêt, il faut que je trouve une personne compétente et qui s’y intéresse vraiment. »

Voilà N de la Mouline – Photo : collection de l’éleveuse

Allez-vous continuer l’élevage ? 

 

« Je veux continuer la partie élevage en me faisant aider pour la valorisation, et sûrement par mon fils qui a une structure à côté d’Angers. Je vais essayer de faire quatre produits par an, et pour la suite, on verra également selon les motivations de la personne qui viendra reprendre Vernoil. Nous pouvons peut-être travailler ensemble ! »

Etes-vous fière de votre parcours ? Qu’en avez-vous retenu ?

« Oui je suis contente du résultat, mais il faut avouer que nous travaillons un peu la tête dans le guidon. Parfois, nous avons du mal à nous remettre en question. C’est difficile de nous dire qu’il va falloir arrêter, parce que physiquement nous arrivons à un âge qui ne nous permet plus de poursuivre. Avoir cinquante ans et soixante-dix ans, ce n’est plus la même chose. »

 


Un mot pour la fin ?

« Je remercie beaucoup tous ceux qui m’ont aidé pour les concours, tous les bénévoles du centre équestre qui sont supers importants. Je remercie mon chef de piste, Didier Dhennin et les gens qui m’aident à construire les pistes, qui sont aussi tous importants. Mes enfants qui m’ont donné un coup de main. Une personne qui m’a aidée particulièrement depuis qu’il est à la retraite, il a fait plein de choses pour la structure, il ne veut pas qu’on le nomme, mais je le remercie. »

 

VL