Emmanuel Quittet : « Au début c’était laborieux ! »

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Cet article a été publié le : 26 septembre 2013 à 8h21
Emmanuel Quittet : « Au début c’était laborieux ! »


En 1993, Emmanuel Quittet succède à François Roemer à la tête de l’équipe de France poney. Il était alors cavalier de Haut niveau en Complet, sur la liste A. Il avait couru de grandes compétitions comme Bramham,

Prattoni del Vivaro, Boekelo, Breda, Waregem, Le Lion d’Angers… Rien ne le prédestinait vraiment à s’occuper des poneys. Et pourtant aujourd’hui, il fait référence dans ce domaine !

Aviez-vous vous-même monté à poney quand vous étiez jeune ?

« Pas du tout ! Je fais partie de la vieille génération d’instructeurs qui disaient « saloperie de poney » et ne voulaient pas en entendre parler ! Et puis dans les années 80, j’ai évolué. J’ai monté ma structure en 1983 (l’Oxer Creusois) et j’ai pris des poneys dans mon club. Je pense aujourd’hui que ceux qui refusent de prendre des poneys dans leur structure pour des objectifs compétitifs pour les plus jeunes font une grosse erreur stratégique. »

Qu’est-ce qui vous avait conduit à prendre le poste d’entraîneur poney ?

« J’ai été pris à ce poste un peu par hasard. J’étais à l’époque en charge d’une grosse formation moniteur, et comme il y a eu des tensions avec la région, j’ai dû arrêter cette activité. A la même période, François Roemer avait décidé de raccrocher sa casquette d’entraîneur poney, j’ai donc postulé à ce poste. Mais si je suis resté aussi longtemps, c’est bien un choix. Je trouve ce métier passionnant en termes de recherche pédagogique. C’est quand les cavaliers sont aussi jeunes qu’on a le plus de choses à leur apprendre ! On leur inculque un bon fonctionnement, un bon comportement… Il y a un vrai travail de transmission, beaucoup plus que dans les niveaux supérieurs comme les Juniors, Jeunes Cav, etc. »

Je me fais l’avocat du diable en posant une question que beaucoup se posent encore : l’équitation à poney permet-elle vraiment de savoir monter à cheval ?

« C’est une question d’un autre âge, mais c’est sûr ! A votre avis, d’où vient Donatien Schauly ?… C’est drôle, au Haras du Pin j’ai eu une longue discussion avec Thomas Carlile, qui a une vraie culture poney. Il avait fait quelques Grand Prix mais sur le tard, à 17/18 ans. Il était donc trop âgé pour une sélection en International. Mais il suit encore beaucoup l’actualité à poney. J’ai par contre sélectionné en équipe des cavaliers comme Sidney Dufresne, Astier Nicolas, Gwendolen Fer, Orlane Hillereau, Camille Lejeune… Ils ont tous appris à monter sur des poneys et ce sont aujourd’hui d’excellents cavaliers ! Mais curieusement ils ont pour la plupart du mal à se réclamer de cette filière… Dans le Championnat de France Junior cette année, ils étaient 17 sur les 25 engagés à avoir fait du poney en Grand Prix avant : Thaïs Meheust, Capucine Bourgeois, Alexis Lavrov, Loïcia Tirel, Marie-Charlotte Fuss… Et quand il y a un cavalier qui sort de l’ordinaire, ça se voit déjà à poney. Astier, à 13 ans, était déjà exceptionnel ! De même qu’Eurydice Schauly, c’est une fille incroyable et elle ira loin. »

Quel est votre meilleur souvenir en 21 ans de Championnats d’Europe poney ?

« Notre médaille d’argent en 2003, puisqu’il y avait aussi ma fille dans la bataille ! Et puis en 2000 : jusque là la France n’avait jamais obtenu de médaille sur cette échéance, et directement on accroche l’Or ! Mais il y en a eu beaucoup d’autres aussi… »

Et le pire ?

« Au tout début, c’était vraiment laborieux ! On était à la rue dans les trois tests, on n’était tout simplement pas au niveau. Ce n’était pas drôle tous les jours… Il a fallu attendre 1998/1999 pour commencer à être dans le coup, en commençant par une quatrième place par équipe. »

Vous êtes aussi Président du CRE Limousin : est-ce une activité très prenante également ?

« J’ai la chance de pouvoir compter sur une bonne équipe, composée essentiellement de 3 salariées permanentes. Et puis c’est une petite région en nombre de licenciés : on compte 8 500 cavaliers, ça équivaut à moins de la moitié du seul département des Yvelines ! Mais il faut quand même aller sur les compétitions importantes, s’occuper des élus, des éleveurs, du CROSF, etc. »

Quelles actions avez-vous mis en place depuis que vous êtes Président du CRE ?

« Nous travaillons surtout sur le développement de toutes les disciplines et pas que les trois Olympiques : l’attelage, l’endurance, le TREC, la voltige, l’archerie équestre, le TREC en attelage… On essaye de développer aussi l’équithérapie pour les personnes handicapées, en partenariat avec la région Poitou-Charentes. Et puis la communication, c’est mon dada ! Nous sommes le seul CRE à employer un chargé de communication à temps complet. C’est pourtant très important. »

Et pour terminer, comment voyez-vous votre avenir ?

« Je souhaite pouvoir continuer à rendre service à ma discipline de prédilection et que mon expérience puisse profiter à beaucoup de jeunes et à de nombreux coachs. Et puis, je vais continuer pour mon plaisir à développer mon élevage, que j’ai commencé il y a trente ans de cela… »

Propos recueillis par Hedwige Favre