Gilles Bordes : « Orion m’a fait la gueule pendant 3 mois ! »

Sport
Cet article a été publié le : 28 août 2011 à 16h29
Gilles Bordes : « Orion m’a fait la gueule pendant 3 mois ! »


Gilles Bordes a « fêté » (selon ses propres termes) récemment le 4ème mois de sa chute et c’est avec un immense plaisir qu’il nous apprend qu’il est « complètement sorti de l’ornière ». Avec nous, il revient sur ces 4 mois difficiles, depuis ce terrible accident à Pompadour.

 

Comment allez-vous maintenant ?

« J’ai eu mon dernier rendez-vous chez mon chirurgien-plasticien la semaine dernière ! J’ai encore un léger décalage de l’œil mais

il m’a assuré que ça allait revenir à 100%. J’ai deux vis juste en-dessous des yeux… ça ne me gêne pas vraiment mais c’est étrange, j’avais l’impression d’avoir des bouts de cartilage qui se baladaient. Je porte encore des lunettes, pas pour corriger ma vision mais pour me relever la vue. J’ai encore de petits problèmes d’audition qui nécessiteront peut-être une opération. J’ai passé une IRM la semaine dernière mais je n’ai pas encore les résultats. Ce que je sais, c’est que quand je suis ressorti, j’avais un mal de crâne insupportable ! C’est tellement bruyant, on dirait qu’on a collé un marteau piqueur juste à côté de vous pendant 25 minutes !

Au niveau de la mâchoire supérieure, j’ai l’impression d’avoir eu comme une piqûre chez le dentiste. Il m’a dit que ça prendrait plus de temps pour que je retrouve une sensibilité normale à ce niveau. J’ai vraiment eu de la chance d’être tombé sur un chirurgien aussi compétent. Grâce à lui, j’ai pu retrouver un visage normal ! Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, je n’ai pas souffert, grâce à tous les médicaments pour calmer la douleur qu’ils m’ont donnés. J’avais un peu peur d’avoir perdu la mémoire mais c’est finalement très vite revenu. »

Etes-vous remonté à cheval depuis ?

« Je suis remonté dès le premier mois après l’accident sur un cheval en qui j’ai toute confiance. Je n’en avais pas vraiment le droit mais j’en avais besoin pour aller mieux. Je recommence à sauter et à enchaîner des petits parcours. Je pense reprendre bientôt la compétition, d’abord en dressage, puis en CSO. J’espère terminer la saison sur un ou deux CCE mais je n’en suis pas sûr. Je le ferai au feeling, comme je l’ai toujours fait ! Au début j’avais peur d’appréhender le cross, mais Orion est un cheval tellement hors du commun que ça m’aide beaucoup à reprendre goût. Et plus j’avance et moins je doute ! D’ailleurs, ça ne tiendrait que de ma volonté, je serai déjà ressorti en concours ! »

Justement, comment va Orion ?

« Très bien maintenant, il est à nouveau au top, pétillant et imperturbable au travail. Mais il m’en a voulu pendant 3 mois, il ne voulait plus que je le touche ! Il savait pertinemment que c’est moi qui l’avais fait tomber, alors il me faisait la gueule. C’est ma compagne Katia qui a fait un travail extraordinaire avec lui. Ils ont été classé plusieurs fois en dressage pur ensemble, alors que la concurrence était très au point. Il a refait aussi quelques Complets en Amateur avec Guilhem Debast. »

Vous souvenez-vous de l’accident ?

« En fait, l’accident de Labelle (l’ancienne jument de Martin Denisot) et le mien sont fortement liés. Il faut remettre dans le contexte : Martin était mon coéquipier du Grand National, c’est lui qui avait fait toutes les démarches pour créer cette équipe… Ce gamin était tellement important pour moi… Pendant que je détendais Orion avant de partir sur le cross, aucune nouvelle ne m’était donnée de ce qu’il s’était passé. Je n’arrêtais pas de demander au commissaire de paddock des nouvelles de Martin, mais il me répondait qu’il n’en savait rien. Je pense que Katia avait dû lui faire passer le message de ne rien me dire pour ne pas que ça me perturbe avant mon cross. Mais je sentais qu’il s’était passé quelque chose de grave, à tel point que quand je suis entré dans la boîte de départ, j’avais des larmes qui coulaient… Et quand je suis passé à côté de cette bâche, avant la combinaison n°4, j’ai compris et j’ai perdu pied… C’est le choc de la chute qui m’a réveillé ! D’ailleurs, en regardant des photos prises en rafale de ma chute, on voit que j’ai le visage complètement défait avant de sauter. Je sais que ça peut être difficile à croire mais j’ai tout simplement perdu connaissance en plein galop… L’impact a été très violent puisque je suis tombé la tête la première. Mais heureusement, Orion ne m’a pas du tout touché pendant la chute, sinon je ne serai plus là pour vous raconter ça. »

Gilles conclut sur une note plus joyeuse :

« J’ai été énormément soutenu par toute ma famille et mes amis. Je me rappelle très bien de l’hôpital les premiers jours après la chute. Aujourd’hui, ça me rappelle un peu toutes ses séries qu’on voit à la télé. Bon, je n’en étais pas à voir de la lumière ou à sortir de mon corps ! Mais j’étais dans un état de faiblesse intense et je me souviens plusieurs fois de m’être dit : « Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je me laisse aller ou est-ce que je résiste ? » Et comme je voyais auprès de moi des gens que j’aimais, alors ça m’a beaucoup aidé à tenir.

Les cavaliers de Complet se sont aussi montrés très solidaires envers moi. Une trentaine d’entre eux au bas mot (Eric Vigeanel, Pascal Leroy, Bruno Bouvier…) m’ont appelé les uns après les autres pour prendre de mes nouvelles. Cela m’a fait vraiment chaud au cœur. J’ai suivi tout ce qu’ils avaient fait cette saison sur France Complet, c’est vraiment super ! Et j’ai eu une pensée particulière le week-end dernier pendant les Championnats d’Europe. Je regrettais de ne pas pouvoir être avec eux, mais je sais qu’il y aura d’autres échéances où nous pourrons avoir notre place avec Orion… »

 

Propos recueillis par Hedwige Favre