En attendant la sélection…

Frédéric Bouix, président de la FFE & Jean-Luc Force – ©Pierre Barki
Il n’y a sans doute pas de moment plus attendu, plus excitant, mais aussi plus compliqué que celui de la sélection pour le sélectionneur et son staff.
La première question est stratégique : que sommes-nous venus chercher ? Une qualification olympique pour Los Angeles ? Une place sur le podium ? Ou la victoire ?
L’objectif fixé va forcément orienter les choix de sélection et la manière d’aborder la compétition. Il faudra trouver le juste équilibre entre prise de risque et sécurité, entre performance individuelle et résultat collectif. Un savant dosage qui déterminera la façon de mener cette épreuve et qui devra peut-être être réajusté au fil du concours, en fonction de son évolution.
Tout d’abord, il y a le lieu : Aix-la-Chapelle, véritable temple des sports équestres. Un endroit incroyable qui va demander beaucoup, et procurer énormément d’émotions, à la fois aux chevaux et aux cavaliers, sur cette carrière de trois hectares qu’il faudra réussir à appréhender.
Vient ensuite la question du choix : que privilégier ? Peut-être le cross. Les pénalités sur le cross sont celles qui coûtent le plus cher avec ces 20 points en cas de refus . Il faut donc sélectionner des couples réguliers, très fiables sur cette phase, capables également de tenir le temps imposé. L’histoire nous rappelle qu’à Aix-la-Chapelle, le temps sur le cross est particulièrement difficile à réaliser. Il faudra donc privilégier des chevaux rapides, capables de conjuguer vitesse, endurance et maîtrise.
Le saut d’obstacles soulève également de vraies interrogations. Dans ce stade, les distances entre les obstacles sont importantes. Comment cavaliers et chevaux vont-ils appréhender ce gigantisme, ce terrain qui, par expérience, nous montre que le saut d’obstacles peut être très perturbant pour les chevaux de concours complet en raison des distances et des grands espaces entre chaque obstacle ?
Et puis il ne faut pas oublier le dressage, avec toute l’émotion d’un stade rempli à craquer : un public nombreux, une ambiance unique, et ce couloir qui mène à la carrière, toujours particulièrement impressionnant.
Un public allemand de connaisseurs, passionné et exigeant, qui joue également un rôle dans cette atmosphère si particulière. Cette ferveur peut pousser et transcender les cavaliers, mais aussi accompagner les juges au moment de l’attribution des notes qui s’affichent sur l’écran géant. À Aix-la-Chapelle, chaque détail compte, chaque émotion se ressent, et cette communion entre le public, les cavaliers, les chevaux et les juges fait partie intégrante du défi.
C’est donc un véritable cocktail de paramètres qu’il faudra analyser pour faire les bons choix .
Faut-il sélectionner un cavalier individuel capable d’intégrer l’équipe en cas de besoin, ou un individuel qui jouera pleinement sa carte personnelle ?
Le championnat du monde est certainement l’épreuve la plus difficile de notre discipline. Elle demande une maîtrise totale, une régularité exceptionnelle et une capacité à gérer une pression immense. Alors, l’expérience des cavaliers est-elle un élément déterminant, voire nécessaire, pour réussir à ce niveau ? La connaissance de ces grands rendez-vous, la capacité à gérer l’environnement, les émotions, les moments forts comme les moments difficiles, sont-elles des armes supplémentaires au moment de chercher la performance ? Autant de questions qui entrent également en compte dans le choix final, et qui rendent cette sélection extrêmement complexe. Sans oublier, bien évidemment, le point vétérinaire, avec le vétérinaire qui devra valider les choix et confirmer que les chevaux sont prêts à relever un tel défi.
Nous connaissons également l’investissement considérable des cavaliers et des propriétaires qui, dans cette discipline, vivent avant tout pour la passion de notre sport. Derrière chaque candidature, derrière chaque sélection ou chaque déception, il y a des années de travail, d’engagement, de sacrifices et de passion partagée autour du cheval.
De quoi ne pas très bien dormir dans les jours à venir. Tout le monde attend désormais la sélection !